1 - La pointe du phare, on distingue nettement "Moufette" - 2 - "Moufette" Vue  du phare, à marée descendante - 3 - Les pêcheurs au travail à l'aide  du filet, la cisaille - 4 - La pêche au sabre ou le foucia.

Un peu d’histoire

Depuis toujours, le terme de pêcherie désigne un établissement de pêche, c’est le sens qu’il a depuis le XIVème siècle. De nombreux mots au cours des siècles ont désigné un enclos dans lequel le poisson est prisonnier, le parc, le gorret, le bouchot, le duit, la chaussée, et l’écluse qui est sur l’île de ré le terme traditionnel. Il est difficile de déterminer avec certitude l’apparition de ces pièges à poisson sur l’île. Les premiers écrits citant des pièges à poisson remontent au début du XIème siècle. Dès 1408, il  est recensé 36 écluses semblables à celles que nous connaissons. A cette époque, le pêcheur requérant doit demander l’autorisation au seigneur de Mauléon à qui appartient le littoral ou aux moines de l’abbaye des « Chateliers » délégués par le seigneur pour en créer une. En 1566, une ordonnance transfère la propriété de l’estran au roi, la révolution la transférera à la nation.

Colbert, le grand administrateur, a voulu réglementer l'usage du domaine royal maritime. Une ordonnance d’août 1681 avait fixé la hauteur des écluses à quatre pieds, (1,20 m) une vanne par écluse de 2 pieds de large (0,60 cm), maille à la fermeture des vannes, un pouce carré (un pouce correspond à 2,5 cm) de la St Rémy (1er octobre) à Pâques, 2 pouces carrés de Pâques à la Saint Rémy. Aucune de ces règles n’étaient respectées.

C’est en 1727 que Le Masson du Parc, inspecteur des « pesches » des poissons de mer décrit 114 écluses pour l’ensemble de l’île dont 22 à la pointe des baleines sur le territoire des villages d’Ars, le futur Saint clément des baleines. Dans son rapport, il précise qu’elles doivent être conservées, exemptées de tous droits seigneuriaux car elles renforcent la côte, surtout au pied de la tour des baleines où elles servent de contrefort. En 1819, il y avait 124 écluses autour de l’île, 32 du Martray aux Baleines. Elles appartenaient le plus souvent en indivis à des communes entières. C’est à cette époque que le nouveau commissaire de marine Offret tente de réglementer les pêcheries : elles doivent porter au point le plus avancé en mer une balise élevée de 5 pieds (1,50m) au dessus de la pleine mer, en général une perche surmontée d’un fagot. Une autorisation devient nécessaire pour bâtir ou réparer une écluse. Offret constate qu’aucune des 124 pêcheries n’est conforme aux prescriptions, les amendes pleuvent, rien n’y fait, les réthais ne veulent rien savoir, ils continuent à pêcher comme ils ont toujours pêché, ignorant les lois, s’en tenant à la vieille charte de 1289.

Offret déclare à une réunion des maires de l’île : « Vous croyez vos ressources inépuisables, depuis quelques années, vous ne prenez plus de gros poissons, les « bourdigues » vont se dépeupler… cette côte sera complètement dépeuplée de poissons ». Visionnaire Monsieur Offret.

A cette époque, les ingénieurs des ponts et chaussées affirmaient que les parcs de pierre servaient de digues et détournaient les courants empêchant les empiètements de la mer sur la côte. L’administration de la marine désirait au contraire la destruction des pêcheries, elle les rendait responsable d’un nombre important de naufrages, plus d’une vingtaine entre 1815 et 1820 dont « le Carnouet » au grouin de la tour des baleines. Certaines écluses furent signalées comme nuisible à la navigation. L'administration considérant que les digues submergées à marée haute constituent un danger sournois pour la navigation, décrète, en 1853, la démolition de 54 écluses. Les réthais font de la résistance, non seulement les écluses ne sont pas détruites, mais elles continuent à être entretenues, le décret de destruction sera abrogé en 1857. On comptait encore 140 écluses réparties le long des côtes de l’île en 1870 C’est le XXème siècle qui se chargera de les détruire, les guerres réclament de la "main d’œuvre", l’essor industriel provoque l’exode rural, les tempêtes détruisent les digues et les pêcheries qui ne sont plus entretenues. Aujourd’hui, il n’en reste 14 sur l’île, une seule à Saint Clément, c’est la plus grande et sa construction est assez particulière, d’où son nom, « moufette » ou plutôt "maufette", la mal faite. Elle a subi de gros dégâts entre 2014 et  2015 et est en bien mauvais état, non péchante. Comment éviter que l’on en parle au passé ?

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document ci-contre: texte de la lettre , Le commissaire des Classes chargé du service au quartier de l'île de ré, croit devoir prévenir les habitants de cette île, que nul ne peut édifier des écluses ou parcs en pierre le long de la côte sans autorisation expresse de son Excellence le Ministre de la Marine  et des colonies et ce, conformément au dernier paragraphe de la dépêche du 7 septembre 1819 timbrée Police de la Navigation; Ceux qui enfreinderaient cette règle s'exposeraient à des poursuites judiciaires, et à voir démolir leur écluse.

Ile de ré, le 25 juillet 1826.

Attention, on ne plaisante pas.

Structure et  agencement des écluses

 

Les écluses sont des ouvrages côtiers en pierre, de forme diverses suivant les contraintes de l’estran. Elles sont le témoignage d’un savoir faire ancestral précieusement conservé et transmis par les anciens. Elles représentaient une forme de pêche originale pratiquées le plus souvent par des « hommes de la terre ».

Elles ne peuvent pas êtres considérées comme un apanage national. L’Andalousie, le golfe arabo-persique, les îles du Pacifique ou encore la Scandinavie sont des régions qui pratiquent ce type de pêche.

Les formes et matériaux varient mais le principe reste le même. Il existe différents types de pêcheries le long des côtes françaises :

Les pêcheries utilisant les filets : Les pêcheries munies de filets sont mentionnées dès le Xème siècle dans les cartulaires des abbayes poitevines. Elles se situent en mer ou sur le cours des fleuves, comme la Sèvre Niortaise. Leur exploitation s’est arrêtée récemment. Les pêcheries mobiles, dites vagabondes ou variantes s’utilisent sur des fonds sablonneux ou vaseux.

Les pêcheries utilisant le bois :

Elles se répartissent en deux groupes, soit le bois sert à former le filet, soit il sert à contenir un mur de terre. Le bouchot est un parc dont les filets sont réalisés à l’aide de branchages maintenus par des pieux. Il a la forme d’un V, avec un fond fermé par une nasse. Le parc de bois est un barrage en terre revêtu de pieux et de fascines.

Les parcs en pierres : Ce dernier type de pêcherie est adapté aux sols rocheux. Ce sont les écluses. Une demande d’autorisation pour réaliser une écluse est obligatoire auprès de l’autorité de tutelle changeante aux cours des siècles. Le 2 messidor de l’an X, ce sont les habitants des villages, (Saint Clément des Baleines) qui collectivement, font une pétition pour construire une écluse.

Illustrations du XVIIIème siècle montrant  différents types de pêcheries utilisant le bois et la pierre.

Elles étaient bâties sur les banches, sites favorables car la roche mère y est apparente et assure aux murs une assise solide, et les pêcheurs en bateau ne s’y aventuraient pas à cause du ressac important. Elles étaient si nombreuses, 32 répertoriées à Saint Clément, qu’aux endroits propices, les murs se touchaient et parfois même sur 2 rangs. Leurs formes et leurs dimensions  sont fonction des contraintes de l’estran. La « gibaude », aux baleines avançaient en mer de 516 mètres. La longueur du mur de « Maufette » ou « Moufette » est d’environ 1 200 m. Leur  hauteur peut atteindre 3 m, l'écartement entre les bras appelé ouverture varie de 100 à 500 m. Le « U » est la forme la plus fréquente. Les premières consignes de construction et surtout de dimensions ont été données par Colbert : hauteur 1.20 m, une  vanne par écluse de 0,60 m,   maille variable à la fermeture des vannes, une balise élevée de 1,50m au dessus de la pleine mer portant indication de la concession. Ce sont deux murs qui délimitent la pêcherie à sa base, deux rangées parallèles de pierres qui forment une carapace en forme de mamelon qui se referme, le gabut. Les pierres sont taillées en forme de triangle, généralement pris à la banche (débanchage),. Elles sont assemblées les unes contre les autres, sans liant, d’ou l’appellation de pierre sèche, leurs angles sont utilisés pour assurer le blocage comme une clé de voûte. Pas de ciment, pas de chaux, pas de béton, ce sont les huitres, les moules et autres coquillages qui améliorent la solidité en servant de liant. L’espace compris entre les deux murs est comblé avec des galets. A intervalles réguliers, de grosses pierres plates sont disposées perpendiculairement aux murs, les clés. Leur rôle est de bloquer la progression d’éventuelles brèches. Les côtés, les ailes vont en diminuant sur leur hauteur à mesure qu’elles approchent de la terre. L’intérieur de l’écluse est aménagé afin d’amener sans l’alarmer le poisson prisonnier où il pourra être capturé plus facilement. A marée basse, l’eau s’écoule par des ouvertures placées le long du mur, les boucheaux , munis de grilles afin de piéger le poisson, la claie. Ces ouvertures fragilisant la construction, les murs sont renforcés à l’extérieur par des murets appelés ailes. Des murets intérieurs délimitent les coursives qui créent un courant amenant  le poisson naturellement à la pêcherie. Dans l’écluse,  des algues en décomposition dont les poissons sont friands étaient retenues par des monticules de pierre, les tas d’attirance. C’est peut-être la véritable explication  de « Moufette », la mauvaise odeur (ça fouette), « mal faite » correspond plus à la seconde dénomination « Maufette ».

Mise en place du gabut comblé de galet

 

 

Le bouchot ouvert.

 

 

La claie.

 

 

On trouve sur internet un petit lexique des termes « éclusiers » :

AILE DE BOUCHEAU:  petit mur renforçant et protégeant les boucheaux.
BALISE: piquet planté dans le mur et signalant celui-ci aux bateaux.
BASSEE: réservoir d'eau de grande taille, naturel ou creusé dans le rocher où l'eau reste à marée basse.
BRAS: côtés de l'écluse souvent perpendiculaires au rivage, leur écartement détermine l'ouverture de l'écluse.
BOUCHEAU ou BOUCHOT OUVERT:  ouverture, munie d'une grille, aménagée dans le mur et par où sort l'eau.
BOUCHEAU PONTE: ouverture du mur recouverte d'un linteau de pierre, n’affaiblit pas le mur.
CASSE: flaque d'eau dans le rocher qui n'a ni forme ni aménagement particuliers.
CHASSE: égout évacuant l'eau à l'extérieur de l'écluse.

AILE DE BOUCHEAU: petit mur renforçant et protégeant les boucheaux.
BALISE: piquet planté dans le mur et signalant celui-ci aux bateaux.
BASSEE: réservoir d'eau de grande taille, naturel ou creusé dans le rocher où l'eau reste à marée basse.
BRAS: côtés de l'écluse souvent perpendiculaires au rivage, leur écartement détermine l'ouverture de l'écluse.
BOUCHEAU OUVERT: ouverture, munie d'une grille, aménagée dans le mur et par où sort l'eau.
BOUCHEAU PONTE: ouverture du mur recouverte d'un linteau de pierre, n’affaiblit pas le mur.
CASSE: flaque d'eau dans le rocher qui n'a ni forme ni aménagement particuliers.
CHASSE: égout évacuant l'eau à l'extérieur de l'écluse.
CLE: agencement particulier des pierres dans le mur qui a pour but d'arrêter les brèches en formation.
CLAIE : système de filtration retenant les poissons à la sortie du boucheau.

COUETE: petit boucheau situé dans le bras de l'écluse.
COURSIERE ou COURSEAU: petit canal naturel ou creusé dans le rocher permettant de faire circuler l'eau efficacement vers les boucheaux.
FOUE : partie active de l'écluse où se situent les pêcheries.
MUR :édifice en pierres sèches dont la solidité est assurée par un calage judicieux.
MURET : petit mur bas entourant les réservoirs ou canalisant l'eau dans les coursières.
PECHERIE: partie creuse , formant un réservoir d'eau, entourée de murets et facilitant la prise de poissons.
TAS D'ATTIRANCE:tas d'algues retenu par des pierres attirant les poissons en se décomposant.

 

Vues aériennes des écluses de Foirouse et de la pointe du phare

Les formes sont adaptées à la topographie des lieux.

On distingue des écluses de premier niveau, qui s'assèchent par petits coefficients de marée, écluses de second niveau (asséchées par coef. de 50) et écluses de troisième niveau, qui découvrent par fort coefficient de marée (80-90). Les écluses ont été construite directement sur les banches solides et les formes des murs se sont adaptées a la topographie marine

Mémoire locale témoins du passé construire une écluse demande des milliers d’heures de travail (entre 10 et 15 mille), un savoir faire ancestral qui hélas tend à ne plus se transmettre et un entretien permanent.

 

 

 

 

   Construction de basse ronde.

 

 

Les écluses de Saint Clément des baleines

 

En Charente-Maritime, des centaines d’écluses ont ainsi été édifiées. Ce patrimoine an-cestral dédié à une pêche de taille humaine va en s’ame-nuisant pour de multiples raisons. En 1727, Le Masson du Parc en avait dénombré 114 sur l’île de ré et avait établi une carte précise de leur implan-tation. On note une concen-tration des écluses sur 5 zones qui correspondent à la présence d’un estran rocheux, Sainte Marie et La Noue, Le Martray et Ars, Saint Clément des  Baleines    et    la     pointe    du   phare, Zone de Texte: 7qui comptait à l’époque 22 écluses, Les Portes, et Loix. En 1819, il y avait 124 écluses autour de l’île, au début du XXème siècle, 140 écluses étaient encore en activité, et en mars 1983, il n’en restait plus que 10. Aujourd’hui le chiffre est de 13, « Moufette », la seule écluse qui avait résisté sur les 22 à Saint Clément est mal en point.Zone de Texte: 7Après avoir obtenu l’autorisation des pouvoirs publics, l’initiateur du projet devait rechercher des « associés ». Il les trouvait parmi les paysans ou les artisans disponibles. Pour construire, entretenir et exploiter le site,  30 à 40 personnes étaient et sont restées encore nécessaire.  L’écluse demande essentiellement du travail manuel. L’informatique, elle ne connaît pas.

Le récapitulatif des écluses de Saint Clément indique un certain nombre de renseignements, en particulier les détenteurs du titre de l’inscrip-tion maritime. Il est incomplet, mais a été établi à partir de rensei-gnements recueillis auprès des « mémoires vivantes villageoises », aujourd’hui de plus en plus rares. Il comporte certainement des erreurs, pourront-elles être corrigées ?

 

Emplacement de quelques écluses

L’attirail du pêcheur

L’éclusier du Gillieux part pour la pêche, c’est l’un des ayants droits du jour qui aura le droit de ramener sa part des poissons pris au piège. Il est équipé comme l’était les premiers marayants, si l’on excepte les cuissardes en néoprène et la lampe frontale pour les pêches de nuit.

Il ne faut rien oublier, la marée n’attend pas et marcher sur le gabut n’est pas chose aisée. Le marayant doit avoir tout ses outils de pêches. Tenue par une sangle en cuir, la corbeille, ou plutôt la go(u)rbeille, dans ses mains, le treilla ou la trioule ou l’haveneau ou cisaille, le filet, l’espiote ou le fonceuille, une sorte de sabre et la fougne, une sorte de harpon.

 

La gourbeille: déformation du mot corbeille, elle est entièrement réalisée en osier tressé, avec toujours la même forme qui ressemble à un coquillage, un côté plat qui repose contre le dos du pêcheur et qui lui assure une certaine stabilité, une pièce de bois sur laquelle vient se fixer la sangle en bandoulière.

 

Monter une gourbeille est un travail précis qui était réservé à des vanniers spécialistes des villages. Le dernier de Saint Clément, Charles, habitait « Le Gillieux ». Isolé au milieu de ses champs, il préservait les pieds d’osier qu’il faisait  tremper plusieurs jours avant de pouvoir être arrangés suivant sa volonté, il mettait plus de 2 jours pour en réaliser une.

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